03/03/2005

Au Travail

 

Les autres furent de retour après 4 whiskys et 7 cigarettes. Aucune autre mesure de temps n'avait la moindre réalité. En deux voyages ils avaient monté les bidons translucides aux étiquettes frappés de trop nombreux avertissements pour être honnête. Christian avait eu la présence d'esprit de choper des gants de labo, des masques et des lunettes protectrices. Imitant mon exemple, Christian et Antoine se dévêtirent pour rester en sous vêtement. Je leur prêtai de vieux pantalons plus ou moins à leur taille.

 

Nous avons terminé ensemble, dans le plus parfait silence, mon paquet de cigarette et la bouteille a peine entamée de whisky, assis autour de la table de la salle a manger, plongée dans l'obscurité. Nous regardions l'alcool mourir dans le fond de nos verre avant de l'engloutir. Mon esprit était clair, Antoine semblait avoir gagné un sang froid de méthodiste, quand à Christian, je sentais que l'action pure allait bientôt lui manquer si nous ne nous décidions pas à bouger.

 

Je me suis levé et dirigé a pas lents vers le bar, ai sorti une bouteille neuve de tequila et après l'avoir débouchée et bu une longue rasade je leur ai dit : "On y va".

 

C'était les premiers mots que nous échangions depuis leur retour. Je ne sais rien de leur voyage et ne veux de toute façon rien en savoir.

 

Nous sommes descendus ensemble a la salle de bains. Antoine et Christian ont commencé a décapsuler les bidons et à les verser avec prudence dans la baignoire.

 

Moi j'ai regardé encore un instant notre invitée sous sa forme humaine, pour graver cette image dans ma mémoire. Je voulais me souvenir de tout, ne pas en perdre une miette quitte a ne plus pouvoir dormir pendant le restant de mes jours. Puis j' empoignai le hachoir, me semblant être l'outil le plus approprié, fis le tour du cadavre pour me placer a genoux a la gauche de son visage, déplia son long bras et commençai la boucherie.

 

C'était l'arrêt de la pensée, c'était le calcul et l'action pure, la transgression même du sacré, que je violais là, dans mon propre domicile. Je tailladais sans éprouver la moindre gène, je découpais a coup de hachoir la chair, m'y reprenant avec plus de force pour sectionner les tendons rigidifiés, m'acharnant de plus belle à couper, briser, éclater le cartilage souple et glissant avant de pouvoir enfin déboîter l'os de l'épaule du bras, dans un bruit de succion à vous glacer le sang. Sectionner le bras droit me pris moins de temps. J'étais enhardi par mon absence totale d'émotion et l'expérience acquise sur le démembrement précédent me servit à ajuster mes coups et mes torsions. Finalement cela ne m'était moralement pas plus pénible que d'arracher une cuisse a un poulet fermier. Au troisième coup, je sentis la lame du lourd hachoir heurter le carrelage du sol à travers l'épaule droite... Avec un minimum d'effort, pour faire lâcher les dernières chairs résistantes j'arrachai purement et simplement le bras du tronc.

 

Je regardai alors avec étonnement cette main morte que j'avais vu tenir il y a quelques heures encore un verre ou une cigarette. J'eus l'idée incongrue de garder cette araignée de chair froide et d'os en trophée et étais déjà en train de m'interroger sur le meilleur endroit de section du poignet lorsque je croisai le regard horrifié de Antoine.

 

Je lui tendis l'objet en spécifiant d'un ton sec "débite moi ca en au moins quatre morceaux a la scie électrique". Je sais que Antoine aime le travail bien fait. Christian pendant ce temps avait trouvé un manche de brosse en plastique résistant au NaOH. Il avait entrepris de le couper en deux à la scie a métaux pour pouvoir maintenir les morceaux au fond du bouillon. Le sifflement de la scie sauteuse emplit toute la pièce et les mélodieuses variantes provoquées par le contact de la lame et de la chair puis de l'os me permit de reprendre mon travail. Déjà je voyais Antoine tendre des morceaux rouges et informe à Christian qui les plongea dans la baignoire en murmurant : "Disparais, connasse"

 

 


13:24 Écrit par Kash | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

La Décision

 

C'est vrai ça, pensais-je, qu'est ce qu'on en fait de cette splendeur ? J'avais envie de prendre des photos, j'avais envie d'aller encore plus loin, de voir quelle impression ça pouvait bien faire de lui sortir un oeil de l'orbite, de lui enfoncer un stylo bille dans l'oreille jusqu'a la cervelle, de lui pisser dans la bouche ou de lui arracher les ongles a la pince grip. Bordel de merde, les idées perverses se bousculaient durement dans ma tête.. Tout est possible a présent... J'ai proposé :"On la découpe et on la balance partout dans la ville en petits morceaux dans des sacs poubelles...

 

J'ai bien cru que Antoine allait gerber. Le pauvre n'était pas au bout de ses peines...

 

Christian est brutalement sorti de sa torpeur, s'est avancé jusqu'a moi, a posé une main mon l'épaule et m'a dit calmement, sur un ton d'excuse confidente "On va nettoyer cette merde proprement... Je sais ou trouver du NaOH pur, une 50aine de litres, en bidons de 5 litres... On va faire fondre cette radasse dans ta baignoire".

 

Oui, évidemment oui, pourquoi pas. Un plan pas plus bête qu'un autre, une fois le miroir franchi. Ce genre de situation doit provoquer la dispersion d'un composé chimique étrange dans les veines, je ne ressentais ni peur, ni anxiété, ni stress.

 

J'étais calme, limpide dans ma folie, j'ai juste dit : "Bonne idée".

 

Un calcul et une conclusion plus tard, je laissai Antoine partir avec Christian chercher le NaOH. Christian n'a pas son permis (ni de bagnole d'ailleurs) et je ne l'aurais pas laissé seul, prêt a exploser dans un nouveau délire, avec un cadavre sur les bras. J'aurais pu partir avec lui mais pour ce faire Antoine serait resté la, près de la chose, courrant le risque qu'il se barre ou prenne une initiative foireuse. J'avais besoin que ce tandem s'en aille bras dessus-dessous l'un calmant l'autre, l'autre motivant l'un.

 

Calmement, j'ai poussé la musique. J'ai commencé le ménage par virer la came et le matos... la poudre aux chiottes, la bougie chauffe plat a la poubelle, la seringue nettoyée a fond, emballé dans trois épaisseur de plastique, glissée dans une bouteille a jeter dans un container à verre.

 

Avec un rouleau de sac poubelles et un cutter j'ai ensuite préparé la salle de bains, couvrant le carrelage de plastique, le fixant avec du scotch. Je me suis foutu a poil, ai passé un vieux jeans crade, restant torse nu et ai entrepris de tirer le cadavre de l'intruse à l'endroit même ou elle s'était injecté son dernier shoot.

 

Pour parachever, je suis allé chercher un Stanley, une scie sauteuse, un marteau, une scie a métaux, des gros couteaux de cuisine et un copieux hachoir.

Puis je l'ai déshabillée comme on déballe un truc sous cellophane, en coupant, arrachant. Elle ne portait pas de soutien gorge et sa poitrine affadie par la malnutrition m'est apparue dans toute la crudité de la salle de bains sous plastique.

 

Ses côtes étaient saillantes, sauf quelques unes qui, comme je l'avais supposé s'étaient rompues. Des hématomes bleuâtres indiquaient leur précédents emplacement... Je virai ses pompes pour mieux découvrir des pieds mal soignés, mais relativement jolis, puis fini par tailler son fuseau au cutter et en extraire ses jambes ma rasées et d'une maigreur extrême. Une odeur infecte me pénétra les narines. Elle s'était souillée au moment de mourir, ses sphincters avaient lâché leur ultime poisse qui lui avait dégouliné à l'intérieur des cuisses.  Machinalement, presque sans dégoût, je la nettoyais comme on lave une vaisselle un peu oubliée. J'avais entre les mains un objet dont je voulais récupérer la propreté avant de le détruire de plus belle...

 

Ce dernier mouvement accompli, je la laissa nue, couché sur le dos, les bras croisés en travers de la poitrine, gisante, parallèlement à la baignoire blanche, entourée d'ustensiles barbares et éteignit la lumière.

 

 


13:22 Écrit par Kash | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Le Corps

 

Ralenti, presque a l'arrêt sur image. Mes yeux se fermèrent instinctivement comme avant toute collision. Je n'ai perçu du choc délirant qu'un bruit infect de craquement, d'éclat d'os contre le talon d'une solide chaussure en cuir bouilli dur comme du bois, surmontant la fin d'un beuglement et le début d'un deuxième. Je rouvris les yeux, Antoine était blême, ses yeux cherchant désespérément une normalité a laquelle se raccrocher, Christian armait un deuxième coup de pied qui atterrit dans un son sinistre de chairs concassées sur les cotes du cadavre, puis un troisième partit, puis c'est tout. Christian plongea sur la fille, la bourrant de coups de poing, lui frappant le crâne contre le sol en crachant confusément, a plein décibels, sa haine dure comme un roc, tranchante comme un rasoir "SALOPE, JUNKIE DE MERDE, GROSSE PUTE, CREVE, DISPARAIS, DISPARAIS, DEGAGE, DEGAGE".

 

Je vis un animal hurlant en train de mettre en pièce un reste de charogne de moins en moins cohérent. Du fond de mes poumons naquit un cri unique, explosa devant ma bouche et surmonta le déchaînement de violence : "ARRETE MERDE !"

 

Je dévalai les marche, poussant de l'épaule un Christian brutalement dégrisé, vidé, hagard, pendant que Antoine regardait partout et nulle part en même temps, mimant instinctivement de sa bouche remuante l'agonie de la carpe a l'air libre.

 

Je me baissai prudemment vers le tas sombre répandu a terre. J'entendais Christian sangloter dans son essoufflement.

 

Le spectacle n'avait rien de plaisant. La fille était amochée comme jamais.... Sa mâchoire tuméfiée, désarticulée, sa bouche ouverte n'était plus qu'un dépotoir a dents brisées a même la gencive, une partie de sa langue, sans doute sectionnée par le premier coup saignait, seule, a 10 centimètre de sa tête. Le visage crayeux de tout à l'heure hésitait maintenant entre les épaisses éclaboussures rouges et le violacé des hématomes, la nuque avait un angle bizarroïde et a mon sens plusieurs cotes étaient a présent enfoncées dans les viscères mortes de notre emmerdeuse de service.

 

Je m'observais observant. On aurait pu croire que j'étais en train de pieusement me recueillir sur quelque chose qui fut jadis humain. Pas le moins du monde. J'étais fasciné. Je ne pouvais plus détacher mon regard de cet horrible spectacle ni m'empêcher de le détailler sous tous ses angles, millimètre par millimètre.

Cette invitée sacrée dont j'avais intimement désiré au mieux le départ violent gisait la, devant moi, sous la forme la plus ignoblement absolue de tout ce que ma haine de l'autre désirait ardemment qu'elle soit, détruite, réduite à la mort, à la mutilation.

 

Une voix terrible en moi regrettait déjà de ne pas avoir moi même accompli une telle barbarie sur l'être encore vivant. Cette déjection d'humain était devenue le Pygmalion négatif de toutes mes pulsions de haines, la somme parfaite de toutes les horreurs que j'avais souhaité infliger à ces milliers d'être que je croisais tous les jours, l'expression même de mes répulsions vis à vis des autres. Elle était l'accumulation des outrages que j'aurais voulu faire subir a tous ceux qui m'ont blessé, ennuyé, dégoûté, mes camarades de classes, mes ex, mes traîtres-amis, mes collègues casse burnes, mes patrons imbéciles, les connards des embouteillages, les puants du métro, les crétins de la rue, les enculés des boites de nuit... Elle portait tout cette violence enfin déchaînée sur elle, une sorte de Christ féminin, agneau sacrificiel putride de tous mes péchés mentaux, morte et réduite en bouille pour le salut de mon âme. 

 

Mon Dieu comme elle était belle aussi superbement arrangée, comme je me sentais libéré, puissant, enfin.

 

Antoine déglutit et trouva la force d'articuler penaudement "Qu'est ce qu'on fait maintenant ?"

 

 


13:21 Écrit par Kash | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

L'accident

 

Christian se mit spontanément à rouler une fusée avec un malheureux reste d'herbe, ce qui eut l'air de stimuler notre invitée, son sourire de démente toujours crispé sur ses maxillaires. Je me décidai a proposer des boissons en craignant l'enlisement conventionnel.

 

Notre invitée me demanda un verre vide pour un médicament... de son sac elle fit émerger une petite bouteille de verre brun à l'étiquette aussi colorée qu'évocatrice, marquée "Valtran". Nouvel échange de regards tétanisés entre mes compères et moi. La tension était à son maximum.

 

Après quelques circonvolutions polies, nous nous mettons a engager une conversation courtoise. L'invitée se mit a nous parler de ses petits boulots du soir, de son amour immodéré des équidés dont elle souhaitait faire son ordinaire, du manège qu'elle comptait gérer...

 

Voir cette chose humaine assise dans mon salon était déjà suffisamment gênant, mais l'imaginer les pieds dans la paille souillée, posant ses longues mains décharnées sur la croupe odorante d'un cheval me souleva le cœur. Je ne pourrais toujours pas expliquer pourquoi. Néanmoins la conversation meublante se poursuivait sans moi, m'étant réfugié dans une fatigue feinte pour me contenter d'une observation d'ensemble.

 

Étais-je le seul a remarquer son malaise grandissant, le tremblement léger de ses mains, la tension extrême de son corps tout en nerfs et en os, sa façon délirante de rouler les yeux, sa pâleur de plus en plus morbide ou la moiteur perlée de son front blême ?

 

Le reste commence a être confus. Je crois qu'a un moment elle a demandé ou était la salle de bain. Je lui ai conseillé celle d'en bas... Antoine s'est approché de la bibliothèque, Christian s'est approché de lui, sans aucun doute pour échanger ses impressions sur cette étrange machin en train d'uriner un étage plus bas et je suis parti a la cuisine me resservir un verre... Putain, j'en avais méchamment besoin... Sur le doux fond de musique provenant du salon se détachait les exclamations faussement étouffées de mes deux amis. Je me mis au balcon laissant la brise nocturne emporter les volutes de ma cigarette et mon drôle d'état d'esprit.

 

Je ne sais pas combien de temps s'était écoulé en méditation rêveuse, une dizaine de minutes sans doute. J'entendis soudain distinctement la voix pitoyablement déformée de notre invitée requérir de l'aide. Les deux autres ne devaient rien avoir perçu, toujours dans le salon, perdus dans leur discussion, la présence du monde extérieur couvert par la musique en sourdine. En quelques enjambées j'arrivai sur le palier.

 

Je l'aperçu alors en train de remonter l'escalier, se tenant désespérément au mur et a la rampe, les jambes flageolantes sur le point de lâcher, m'appelant dans un souffle rauque et tremblant. Je n'eus pas le temps de tenter de l'attraper dans sa chute. Je revois encore cet écoulement abominable, un insecte désarticulé dévalant en grand fracas les marches jusqu'au palier inférieur. En deux secondes la chose atterrit 20 marches plus bas, couché sur le flanc, parcourue de spasmes horribles... Je remarquai qu'elle avait dans une de ses serres crispées un garrot de caoutchouc...

 

Tétanisé, l'esprit éveillé comme jamais je compris en une fraction de seconde que cette épave avait décidé de s'offrir un bon gros shoot dans ma propre salle de bains, un shoot qui était en train de méchamment mal tourner. Alertés par le bruit mes deux amis me rejoignirent prestement, pour assister dans le même effroi que moi aux spasmes de plus en plus abominables de ce corps répugnant. Oui, a cet instant précis je me souviens avoir souhaité qu'elle crève la, vite, plus vite, pour en être enfin débarrassé.

 

Christian, rapide, descendit quatre a quatre les marches pour se placer accroupi a coté d'elle. Il lui pris le pouls, sembla chercher un souffle, tenta une seconde fois de lui palper le cou et les poignets, cessa doucement de s'animer, comme apesenti par une réalité que ni Antoine ni moi n'avions encore vraiment intégrée. Il s'est ensuite  lentement levé, le regard rivé sur le corps inerte et a tourné vers nous un visage ou se mêlaient surprise, angoisse et excitation malsaine.

 

Quelques centimètres en dessous de yeux fous, exorbités, la bouche se mit a parler. "Elle est morte cette pute... Cette saloperie de junkie est venue se crever dans ta salle de bains Kash" puis retournant son regard vers elle, contre elle plutôt, avec toute l'animosité du monde, il se mit, dans un souffle d'abord, a lui parler à titre posthume. "Espèce de raclure, mais pourquoi t'as fait ça triple conne, pourquoi ici, pourquoi maintenant" sa voix montait, on pouvait voir distinctement les jointures de ses doigts blanchir a force de serrer les poings "T'aurais pas pu crever en suçant un de tes chevaux de merde, SALOPE !".

 

Honnêtement, je ne savais plus vraiment, d'un point de vue purement pragmatique, ce que je devais en l'instant craindre le plus ; Le cadavre d'une camée sur le palier de la salle de bain, la bave aux lèvres, (une fille dont je ne connaissais rien et dont la présence allait être difficile a expliquer) ou le basculement imminent de la rage de Christian.

 

Je retrouvai miraculeusement sous l'effet de cette pensée, l'usage de mes membres et de la parole. A coté de moi, une statue de sel qui était encore le beau Antoine il y a quelques minutes, se tenait bouche bée, spectateur éberlué de la scène. En attrapant mon téléphone portable sur le secrétaire je lui soufflai " Cug, bouge toi, tente de calmer Christian avant qu'il ne se fasse mal, moi j'appelle les flics et une ambulance". Antoine fit un pas raide vers l'escalier, puis un deuxième, plus assuré, se remit a respirer après je ne sais combien de temps et ferma enfin la bouche... la suite s'est joué en quasi simultané

 

-          Je composai d'un doigt tremblant, après une interminable hésitation, le numéro des secours

 

-          Antoine atteignit le palier de Christian et en enjambant la morte s'apprêtait a lui parler

 

-          Christian se mit a hurler "PUUUTAIN" en dépliant un de ses bras puissants en direction du mur le plus proche.

 

-          Un choc sourd, vibrant, suivi d'un nouveau hurlement ou perçait nettement le redoublement de rage du a la douleur de l'explosion fulgurante de ses phalanges sur le mur. "SAAAALOOOOPE"

 

-          D'un geste réflexe mon pouce raccrocha l'appel a peine entamé. Mes yeux ne perdaient pas une miette du spectacle.

 

-          Antoine retrouva soudainement sa paralysie

 

-          Christian se retourna vers le cadavre, son corps tendu comme un câble prêt a rompre, hurlant d'encore plus belle "TU FAIS CHIER MORUE", et détendit avec une violence infinie sa jambe, pleine puissance, orientation; le visage de la morte, impact ; imminent.

 


13:20 Écrit par Kash | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/10/2003

La rencontre

 

 

Je dois avoir bu tout mon saoul mais je reste net... Autour de moi gisent les paquets vides et les cendriers pleins, ma nuit est blanche, celle d'hier fut rouge, comme l'aube d'une vie nouvelle. Je dois raconter, il faut que je livre ici ce que je ne peux plus garder pour moi seul... C'est étrange, je ne ressens rien. Pas la moindre peur. Tout s'est passé si vite, s'est enchaîné avec une déconcertante facilité. Je n'ai pas non plus le moindre remords et je sens au fond de moi que brûle une certaine fierté... Plus rien ne sera pareil.

 

Je vous raconte sans honte ce qui s'est produit cette nuit. Je pense être sain d'esprit mais je laisse à d'autres, peut être a vous, le soin de juger...

 

Antoine, Christian et moi avions copieusement mangé, et de fait, un peu bu, rendant entre autres hommage à une vieille prune des plus parfumées. Je devais ensuite rencontrer de visu une jeune fille avec laquelle je communiquais sur internet depuis un bon mois. Nous avions échangé quelques courriers intéressants puis vite des coups de fils étranges… Je ne savais pas grand chose d’elle mais dans ma quête perpétuelle de nouveaux amis, d’ouvertures sur un regard différent du monde, j’avais décidé de faire sa connaissance. Néanmoins, le personnage  m’avait semblé curieux dans certains de nos échanges. Je m’étais donc arrangé pour que la rencontre se produise en compagnie de mes deux amis (qui étaient ravi de pouvoir participer a cette expérience sociologique).

 

Du reste je n’ai fait, via Internet que des rencontres vraiment attachantes dans les derniers mois. Je supposais, à tort, que cet état de fait allait naturellement perdurer indéfiniment. Evidemment je me trompais.

 

Nous rentrions donc, d’un pas tranquille, traversant les rues d’Ixelles en direction de mon appartement, l’air printanier, le délicieux repas, les vapeurs d’alcool nous procuraient une intense sensation de bien être. Encore un peu et j’allais téléphoner à mon rendez-vous pour l’annuler. Mais c’est elle qui, la première, fit sonner mon portable. Elle était dans ma rue. Effectivement je vis dans le clair obscur, appuyée sur une vieux break d’une couleur indéfinissable, une haute forme, un téléphone a l’oreille. Nous raccrochâmes et nous mimes à marcher vers notre rencontre. Chaque pas me conduisait vers le désenchantement le plus parfait

 

C'était une chose androgyne, allongée a l'extrême. Un visage triangulaire, livide et marqué, d'une paire d'yeux clairs qu'on eut pensé noirs au premier abord tant ils étaient outrageusement maquillés au charbon, un sourire jaune fou façon joker taillé au cutter entre des lèvres trop minces, presque incolores, le tout encadré par un long rideau doubles de cheveux geais filasses, secs et ternes, des membres d'une maigreur exagérée ajustés a un corps sans courbe. Avec ses fringues noires, uniformes, j'aurai pu la croire sortie d'un vieux délire new-wave sur le retour.

 

J'éprouvai d'emblée une répulsion au contact de sa joue froide comme la mort tandis que je devinais, hors champ, l'étonnement amusé de Christian et de Antoine.

J'aurais pu l'envoyer paître mais il y a un lien immuable de solidarité qui unit tacitement tous les rejetés du monde, de tous bords jusqu'à elle et moi... Et puis elle était là à cause de moi, l'hospitalité, le respect de l'engagement, des règles, autant de contraintes faussement morales allaient nous conduire sournoisement tous les quatre vers une fin des plus particulières.

 

Nous avons traversé la rue dans un silence contrit. Antoine et Christian communiquaient par regards complices passant de l'éberlué à l'amusé. Moi je marchais devant, prêt a boire le calice jusqu'a la lie. Un verre, juste une discussion et nous en serons quitte. Et puis qui sait, peut-être se révélerait-elle passionnante, nouvelle, étrange, plaisante. C'est en m'arrachant la difficile promesse de passer au dessus des apparences que nous montâmes l'escalier. Arrivés dans mon salon à la déco Pop-Art le décalage se fit brutalement encore plus flagrant. Ni les lumières tamisées ni la musique ne réussirent a dissiper ou même amoindrir le malaise ambiant.

 

11:29 Écrit par Kash | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |